Stéphane Boistard est l’une de ces personnes que je n’ai rencontré qu’une seule fois mais qui m’a marqué. Il est venu déjeuner chez nous un midi alors que le père de ma fille suivait avec lui une initiation en Gemmothérapie (la médecine des bourgeons). Dès qu’il a franchi la porte j’ai ressenti son grand calme intérieur. Il m’a offert un livre « Message des hommes vrais au monde mutant » : une initiation chez les Aborigènes. On ne se connaît pas. Il ne sait pas que j’ai visité beaucoup d’expositions sur la peinture aborigène et que je suis fascinée par ce peuple de rêveurs qui m’emmènent en voyage chamanique avec leurs peintures. Il est habillé simplement. Il a 30 euros dans son portefeuille. A peine plus sur son compte en banque. Il ne sait pas où il dormira le lendemain. Il a acquis une foi dans la vie presque inébranlable. Il a passé la plus grande partie de sa vie au contact de la Nature auprès des arbres. Il semble être l’un d’entre eux et il vient parmi les hommes faire le lien avec cette sagesse de la Terre Mère.

J’ai été très émue par un article qu’il a écrit récemment dans le très beau magazine Druidéesse. J’en retranscris le contenu ici. Cette vision de l’effondrement parle à mon âme et pose quelque chose en moi sur lequel je n’arrivais pas à mettre de mots. Merci Stéphane de le faire.

« Un de mes enfants me demanda combien de temps pouvait s’écouler avant que le monde, au bord du gouffre, ne s’effondre. Quand peut arriver cette « collapsologie » dont on entend de plus en plus parler ? Je lui répondis : « jamais ».

Le monde ne peut pas s’effondrer. Il ne l’a jamais fait, et il ne le fera jamais. Car la vie ne peut disparaître. L’amour ne peut disparaitre. Seule l’histoire disparaît. Car, l’histoire n’est qu’une pensée.

Un ami naturopathe avait de nombreuses histoires. De guérisons et de procès. Harcelé par la justice pour un exercice de médecine et de bonté, qualifié par certains d’illégal, il se fatiguait de ses procès et se nourrissait des soins qu’il prodiguait. Il alternait donc les batailles des procès et la joie des conseils et soins naturels. Un jour, il rejoint sa femme, dans les terres où le soleil ne se couche jamais. Il a trépassé. Et ce qui fut à la fois étrange et merveilleux, c’est que ses procès et ses histoires se sont arrêtées. Les histoires ne vivent que le temps qu’on leur donne, l’attention qu’on leur attribue. Car si vous allez dans son jardin, il ne subsiste que sa présence. Aimante. Il est encore là. Présent. L’espace vibre de sa présence, bien que l’on ne puisse le voir. Une vibration au-delà de l’histoire.

Le monde ne peut pas s’effondrer. On ne sait jamais ce qui peut arriver. On ne sait jamais ce que demain peut apporter. Nos pensées sont chargées de nombreuses illusions, et surtout de nombreuses peurs. La peur du lendemain nous fait passer bien souvent à côté de la beauté de maintenant. Du moment présent. Il est assez invraisemblable qu’une personne qui mange, a un toit, est bien entourée, sente la peur. La peur de ce qui va se passer. La peur de perdre ce qui semble la rassurer. Il est aussi aberrant que, quelqu’un qui a peur un instant, mette en place des pensées pour maintenir sa peur dans le temps, en tout cas, suffisamment pour passer à côté de tous les instants merveilleux que manifeste le moment présent.

Rien n’est permanent en ce monde. Rien. Alors la « collapsologie », l’effondrement, ce n’est pas pour demain. C’est là en permanence. Nos cellules meurent pour laisser place à d’autres actes. Tout meurt et naît. Absolument tout.

La « collapsologie » n’est pas mieux que la permaculture. Tout concept, même le plus beau, est porté par une forme de délire. Le délire que nous pouvons gérer les choses, intérieures et extérieures, par la pensée. Que nos efforts pour demain sont plus importants que la plénitude de maintenant. Que le monde des pensées, du bien penser, apportera joie et bonté. C’est une croyance à visiter.

Aucune pensée, même la plus belle, ne peut nous sauver ou sauver le monde. Seul ce qui peut nous sauver est la perception de cet amour et de cette vie qui nous traverse. Maintenant. Cette confiance au-delà des histoires et de la forme. Nous sommes avant tout des êtres issus de l’amour et de la vie. Il y a des aspects que nous sommes profondément et qui ne mourront jamais.

Dans l’exemple de la permaculture, cette approche est basée sur le concept. Sur la pensée. Sur la projection et le projet. Il y a une autre approche, qui invite à observer dans la confiance, dans la foi et dans la magie du monde. Dans l’espace intérieur ouvert, il est possible de faire un jardin. De laisser notre cœur nous guider. De laisser l’esprit du monde nous guider. Guider nos gestes. Demander à notre cœur de penser à notre place. De percevoir les répondes à nos questions. Pour cela, il s’agit de revenir à ce cœur qui laisse rayonner en nous et dans ce qui nous entoure, ce flux de vie. Car la vie nous traverse à chaque instant. Le cœur est naturellement empli de sagesse et de gratitude. Qui sait ce qui agit quand nous mettons en place un jardin ? Le lieu, l’esprit du lieu, l’esprit des plantes à venir, les anges qui veillent sur nous, les savoirs de générations de jardiniers que nous connections dans l’ouvert (et l’intelligence non localisé)…

Dans la confiance, l’acceptation que lorsque nous nous orientons vers l’écoute paisible et l’accueil du cœur, des réponses non prévisibles arrivent. Des expériences se créent par notre intermédiaire. Où il n’y a ni bon, ni mauvais, juste des expériences qui déploient la vie et la lumière. Aucune technique, aucun concept ne peut saisir cela ,car cela est abordable lorsque les pensées de la tête s’énergisent moins et laissent place aux pensées du cœur. Au-delà des concepts.

Le monde ne peut pas s’écrouler, car demain n’existe pas. Ni hier. Le cœur ne perçoit qu’au présent. Et tout, même la souffrance, peut y être vécue. Acceptée. Car cela fait partie des cycles de transformation. La Vie est mouvement et transformation. La souffrance est notre compassion envers la rose qui se fane et l’arbre qui se défeuille. C’est notre écho à un mouvement inéluctable.

Le monde ne peut s’effondrer que si nous saisissons cette idée. Si nous la renforçons. Et nous aurons beau lutter, si cela doit arriver un jour, cela se fera. Si la terre, doit s’effriter un jour pour renaître toute neuve, nous n’y pouvons rien. Que sommes-nous à l’échelle d’un immense univers ?

Chacun a un rôle à jouer. Dans le monde de maintenant. Pas le monde de demain. Pour connaître le bon geste, la bonne pensée, il s’agit de revenir à ici. Maintenant. Si nous agissons dans la peur, nous ne bâtissons qu’un monde qui énergise la peur. Si dans la confiance, nous savons que la vie ne cherche que la moindre occasion, la moindre parcelle pour s’exprimer et rayonner, alors nous donnons notre énergie personnelle. Nous demandons à la vie de nous traverse et de nous utiliser pour faire ce qu’il y a de mieux à faire.

Dans une nuée d’oiseaux si chacun pensait à ce qui serait mieux. Il y aurait collisions, blessés, et même sûrement des morts. Alors que si, comme les oiseaux, nous nous abandonnons à ce qui est, si nous nous mettons à laisser agir en nous, plus grand que notre petite pensée, alors le monde peut se déployer. Alors, nous sommes bien employés. Alors, les oiseaux peuvent voler sans se percuter. Les oiseaux battent des ailes, que vous soyez en train de jardiner ou de casser un joli muret. A nous aussi, il nous est demandé de revenir à cette intelligence, au-delà de ce que nous pouvons penser. Se laisser penser. Laisser la vie penser et nous utiliser. Avec confiance.

Tout idéalisme es voué à s’effondrer car tout idéalisme porte en lui, la peur, la violence et rejet en trame de fond. L’idéalisme est une réaction à une peur. Observez honnêtement et vous pourrez le déceler.

Or le monde est tel qu’il est. Nous avons beau nous secouer (et de nombreuses générations avant nous l’ont fait !), nous ne pouvons que constater que le monde est tel qu’il est. Il ne nous est pas demandé de tout changer. Il nous est demandé de faire ce que nous avons à faire. Au-delà des peurs, pouvons-nous aimer ? Pouvons-nous accueillir et déployer ce qui existe au delà de la peur ?

Regardons une simple fleur. Quel est le mouvement intérieur qui la fait croître, s’ouvrir, s’épanouir et rayonner ? Est-ce la peur ? A-t-elle-peur d’être coupée ou fanée ? Au-delà d’une projection vers un futur ou une pensée, ne la voyez-vous pas pleinement absorbée à laisser la vie la traverser ? Et, quand elle se fane, ne voyez-vous pas à quel point l’espace continue à rayonner et que d’autres fleurs prennent le relais ?

Nous poser. Dans cette belle nature que nous voulons préserver. Qui est déjà allé dans la nature, sans portable, sans livre, sans rien pour s’occuper ? Qui est allé simplement se poser, observer, accueillir, mûrir ? Qui est allé demander ce que la nature attend de nous ? Certains sont jardiniers, et alors les plantes leur parlent. Pas besoin de concept. Les plantes parlent, il suffit de les écouter. D’autres sont bâtisseurs, d’autres orateurs, d’autres s’occupent des déchets… Chacun peut agir d’un seul endroit, là où il est. Et là où nous sommes, est un monde guidé par les pensées ou alors un monde naturellement guidé par ce qui guide toute manifestation : un courant de vie mystérieux et invisible.

Pour revenir à un monde qui ne s’écroule pas, il s’agit sûrement de laisser nos illusions de demain et nos idées d’hier. Il s’agit de nous ouvrir à la confiance. Il n’y a rien à changer. Il n’y a rien à sauver. Il y a juste à agir selon une autre volonté. Selon cette volonté qui naît dans le murmure de la forêt. Avez-vous vu une forêt trembler ? Cela lui arrive parfois. Observez. Elle tremble, et l’instant d’après, elle revient à une présence harmonieuse. Elle se recale. Elle revient à ce qui est présent dans cette forme de présence à la vie. A l’énergie de vie. Au-delà des formes et des apparences. Au-delà des sens.

Avez-vous entendu le chant de confiance des arbres ?

Avez-vous perçu le vol harmonieux des oiseaux ?

Avez-vous senti le parfum envoûtant de la terre après un orage ?

Il ne s’agit pas de ne rien faire, il s’agit de ne pas construire un monde sur la pensée humaine. Il y a d’autres modes de pensée. D’autres mondes à laisser émerger. En nous, d’abord. Puis, manifester ce monde dans notre vie. Un monde fait de présent et de présence. Car, nous ne pourrons rien bâtir sur la peur et le conflit. Nous ne faisons qu’énergiser ces qualités et nous créons alors un monde où cela semble naturel et dominant. Le monde peut être autre chose. Une autre qualité.

Rappelez-vous la fameuse histoire du colibri, celui qui transporte dans son bec un peu d’eau pour la poser sur le grand feu de forêt. Ce colibri qui fait ce qui semble, sur l’instant, le traverser. Il ne cherche pas à éteindre le feu de forêt. Ce n’est pas possible. Il fait juste ce qui le traverse sur l’instant. Sans peur, ni pour lui, ni pour la forêt, ni pour demain. Ni pour sa famille, ni pour sa carrière, ni pour son habitat, ni pour son confort. Il fait ce qui doit être fait, car c’est ce qui lui est demandé. Ce qui le traverse. Il sait ce que lui doit faire. Pendant que le colibri arrose, le poisson nage. Chacun a sa place. Chacun fait ce qu’il doit faire dans l’élan naturel des choses.

Le monde peut-il s’effondrer ? Oui. Le monde de la peur et le monde dominé par nos pensées, et nos besoins de contrôler, peut s’effondrer.

Un autre monde peut émerger. En chacun de nous. Un monde accueilli. Dans ce monde, nos sens deviennent nouveaux. Nous percevons au-delà de ce que nous connaissons. Nous déployons de nouvelles perceptions, de nouveaux talents, de nouvelles pensées. Un monde intérieur s’écroule pour laisser émerger un monde nouveau. Une nouvelle terre. Et cette Terre, en confiance, nous participons à la laisser se matérialiser.

N’ayons pas peur de redevenir ce que nous avons été, enfants ou bébés, des êtres de confiance et qui déployaient cette confiance dans notre état de bébé. Observez un bébé, et vous verrez son regard et son sommeil. Il y a tant de lumière présente.Nous avons grandi. Nous avons d’autres moyens, d’autres possibilités. Il s’agit juste de retrouver ce que, bébé, nous pouvions penser. Ce qui, à travers nous, pensait.

Au-delà de nos souhaits et de notre volonté, la planète a un rêve. La planète a une pensée. Et nous pouvons nous y accorder. Nous sommes enfants de la Terre et de la vie. En calmant le feu de nos pensées, nous pouvons écouter. Entendre la terre penser. Au-delà de nos propres pensées et de notre propre intérêt. La terre nous parle. La vie nous parle. Pour agir au mieux, nous pouvons interrompre le fil de nos activités et aller un peu écouter.

Est-ce que le monde peut s’effondrer ? De quoi le monde de demain sera fait ? Nul ne le sait. Nul ne peut le prédire. Car seul compte le présent. Le seul endroit où nous pouvons agir. Nous ne pouvons pas agir hier, c’est déjà passé. Nous ne pouvons pas agir demain, car demain sera le fruit d’un ensemble de choses qui nous dépassent. Nous pouvons agir sans objectif, sans peur. Nous pouvons participer à un nouveau monde. Pour cela, ayons la sagesse de nous poser. Ayons la confiance de nous abandonner. Laissons la Terre et la vie manifester, à travers nous, cette émergence. Laissons l’espace en nous pour accueillir cela. Libérons nos rythmes effrénés, nos peurs, nos « il faut » et nos « je dois ». Mettons nous au service, sans gloire, ni arrière-pensées. Laissons de l’espace en nous, de l’espace dans nos vies, de l’espace dans nos pensées. Et là, une vie nouvelle apparaît. Un monde nouveau est créé. Que vous soyez poisson ou colibri, ce qui doit se faire pour le mieux, se fait.

Ne croyez pas le passé. Ne croyez pas ce que nous projetons dans l’avenir, basé sur nos croyances et analyses du passé. Un monde nouveau émerge. Et si vous regardez honnêtement en vous-même, vous le savez. Alors sans relâche, apprenez à vous connecter. A libérer en vous ce qui peut être libéré. Que cela prenne des semaines, des mois, des années, des vies entières.

Texte de Stéphane Boistard dans le magazine Druidéesse N°3.

Stéphane a écrit les livres : « Gémmothérapie » et « Sylvothérapie » aux Éditions Terran.

Il en train de créer avec un collectif de la francophonie, dont ma très chère amie sylvothérapeute Christine Sanchez, la fédération internationale de la sylvothérapie.

elementum at Aliquam ante. venenatis, libero nec ut Aenean Praesent elit. commodo